
Chez les « cousins » du tennis, l’Open Sud de France, désormais Open d’Occitanie, a souri à la tête de série en seize éditions moins de fois qu’il n’y a de doigts sur une seule main… peu étonnant dès lors que le WTT Champions de Montpellier n’ait pas encore sacré le mieux classé du tableau après trois ans d’existence. En 2024, chez les messieurs, le Chinois Lin Shidong avait été sorti en demi-finale par le futur lauréat, un certain Félix Lebrun (4-1 vs Tomokazu Harimoto en finale), bis repetita en 2025, le Brésilien Hugo Calderano avait carrément chuté au 1er tour face à un Américain, Kanak Jha, le Suédois Truls Möregardh inscrivant son nom au palmarès (4-0 en finale) aux dépens du Japonais Sora Matushima. Numéro 1 mondial et tête de série n. 1 de cette 3e édition, ce dernier, à son tour, a été sorti sur un net 3-1 par le Russe Vladimir Sidorenko dès les 8e de finale, le Sud-Coréen Jang Woojin et l’Allemand Patrick Franziska, tous deux non têtes de série s’affrontant en finale, au bénéfice du premier cité. Au delà des scénarios de certains duels ayant débouché sur des surprises qui ont été légion pendant le tournoi, le positionnement en fin d’année de l’événement et une concurrence des plus vivaces sur le circuit, constituent des explications sérieuses.
UNE FINALE ENTRE DEUX MIRACULÉS

matches face au futur finaliste, Patrick Franziska.
Photo WTT
Classé au 10e rang WTT avant cette 3e édition, Jang Woojin (32 ans), 13 ans de circuit « pro » et 2 titres au compteur, a créé la surprise en s’imposant dans la Sud de France Arena devant un public qui avait majoritairement pris fait et cause pour… son adversaire. Mais le Sud-Coréen ne s’est pas ménagé pour soulever le trophée ainsi qu’en témoignent ses scores successifs : 3-2, 3-2, 4-1, 4-3 en demi-finale comme en finale. Personne n’a oublié surtout son entame face à l’une des valeurs montantes du ping tricolore, Flavien Coton (23e mondial) qui a mené 2 sets à 0 (11-5 11-9) et 9-5 (3e set) puis 6-3 8-5 9-6 au 5e set avant de chuter 9-11 dans la belle. En 8e de finale, c’est le Taïwanais Lin Yun-Ju (6e) qui l’a poussé jusqu’à 12-10 à la belle avant que Hugo Calderano (7e), favori du public, ne le malmène en demi-finale jusqu’à ce 14-12 au 5e set, le Brésilien sauvant 3 balles de match (à 10-8, 11-10), en obtenant même une à 12-11 avant que l’Asiatique ne se sorte du piège sur sa 4e balle de match.
En matière de miracles, Patrick Franziska, a monté la barre encore plus haut ! Au 1er tour, face à un Alexis Lebrun (8e) qu’il avait battu 5 fois sur 6, l’Allemand a pris la leçon jusqu’à 11-9 11-4 10-8, la porte de sortie était ouverte en grand. Mais après avoir sauvé 2 balles de match à 10-8 puis une 3e à 11-10 et une 4e à 12-11, le trentenaire (34 ans dont la moitié sur le circuit « pro », 1 titre en 2022 à Düsseldorf) a inversé la tendance pour s’offrir un billet en 8e (11-9 au 5e set en 43′) et jeter un sacré froid sur la Sud de France Arena. En quarts de finale, l’ex. n. 8 mondial a récidivé face au Chinois Zhou Qihao (13e), récent demi-finaliste au Grand Smash China, écartant une balle de match à la belle (12-10) avant de se qualifier pour le carré final. Lors de la finale (2/2 dans les face à face entre les deux protagonistes), le natif de Bensheim (1,90 m) et son revers parmi les plus puissants du circuit, a mené 3 sets à 2 et 6-4 avant de concéder 5 points de rang, le titre, comme souvent, se jouant sur des détails, alors qu’il était remonté de 6-8 à 8-8 lors de la belle avant d’abandonner les 3 derniers points à Jang Woojin, un attaquant pur du type Ma Long, privilégiant le coup droit et dans le contrôle en revers. On remarquera au passage le joli tir groupé des représentants de la Garde du Voeu Hennebont (Vladimir Sidorenko, Zhou Qihao, Simon Gauzy) qui ont éliminé (dans cet ordre) à Montpellier les têtes de série n. 1 (Sora Matsushima), n. 2 (Félix Lebrun) et n. 3 (Tomokazu Harimoto). Le dernier cité ne gardera pas un souvenir ému de la Sud de France Arena, le Japonais ayant perdu face à trois tricolores, Simon Gauzy ayant imité Félix Lebrun, en finale certes (2024) et Alexis Lebrun en 8e (2025).
POUR LES FRANÇAIS, LE COUP EST SOUVENT PASSÉ PRÈS

Outre les cas Alexis Lebrun et Flavien Coton déjà évoqués ci-dessus, les tricolores n’ont donc pu se glisser en quarts de finale, une rareté absolue sur le circuit !! Mais ça ne doit pas faire oublier le coup de tonnerre au crédit de Simon Gauzy (30e) tombeur au 1er tour d’un Tomokazu Harimoto (3e) qui menait 8-0 dans leurs face à face. Le Japonais a encaissé un 3-0 (15-13 11-7 11-6) après avoir raté 4 balles de 1er set qui auraient pu changer la donne ainsi que l’a reconnu son bourreau. Malheureusement, le Toulousain qui venait de fêter ses 32 ans, n’a pu confirmer en 8e de finale face à un rival qu’il était pourtant très désireux de défier, le Chinois Liang Jingkun (ex. 2e mondial) redescendu au 39e rang. Vainqueur des deux premiers sets (11-9 11-9), il a concédé les trois suivants, passant tout près d’un 3-1 (10-12 au 4e set) avant de céder 11-8 à la belle sur une double « carotte » après une prestation de très haut niveau qui lui a laissé des regrets bien légitimes. De son côté, Thibault Poret (23e) n’a pu passer le cap du 1er tour face au… tenant du titre, Truls Möregardh (4e mondial), le Suédois ne lui laissant pas l’ombre d’une chance (11-8 11-6 11-8 en 21′).
FÉLIX ET ALEXIS LEBRUN, LES CADENCES INFERNALES

Tête de série n. 2 du tableau, le numéro 2 mondial Félix Lebrun a débuté timidement ce WTT (3-8 au 1er set) avant de changer de rythme (11-8 11-3 11-3 soit 30 des 36 derniers points) face à un client non négligeable, le Danois Anders Lind (16e). Mais le client suivant, Zhou Qihao (13e) était d’un autre calibre et le Chinois (mené 0-2 au 1er tour contre Oh Junsung avant de l’emporter 3-2) a douché les espoirs de tout un public en s’imposant 3-1 (7-11 11-9 11-8 11-7 en 27′) face à un « Féfé » déçu, à chaud « qu’il n’y ait pas de Français pour le dernier week-end. Je n’ai pas bien servi et j’ai effectué des mauvais choix au 2e set, en lui donnant des points gratuits sur la remise de service alors que j’avais le match en main. Après, au 4e set, rien à dire, il a fait son meilleur set du match. Le point positif, c’est que je n’ai plus de douleur. » Si son entraîneur a évoqué « un problème pour trouver le rythme du match, il n’avait pas le carburant nécessaire pour mettre en place certaines choses et revenir (sic). On lui a ouvert une petite porte, c’est dommage », le duo n’était pas forcément d’accord sur l’aspect physique.
Mais le calendrier a sa part dans ses surprises répétées puisque les têtes de série n. 1, 2, 3, 5 et 7 étaient absentes du rendez-vous du Top 8. Depuis début octobre, le n. 2 mondial qui a enchaîné le China Smash (simple /double) à Pékin puis les championnats d’Europe (simple/double) à Ljubljana a certes garni son palmarès (2 titres en Slovénie, finaliste en double en Chine) mais aussi cumulé les matches et sets à haute intensité (12 simples et 9 doubles/18 victoires et 3 défaites du 4 au 30 octobre). Et ça n’est pas mieux pour son aîné, Alexis (1 titre et une finale en Slovénie, finaliste en double en Chine) qui joue également le double mixte (8 simples et 17 doubles/19 succès et 6 échecs du 4 au 28 octobre). Raisonnablement, après les échanges avec son entraîneur, Nathanaël Molin, le duo, comme Lin Shidong et Liang Jingkun s’est donc retiré du WTT Champions de Francfort qui a débuté ce mardi 3 novembre.
FÉMININES : UNE HISTOIRE CHINOISE
Le tableau féminin comportait trois joueuses françaises (Yuan Jia Nan, Prithika Pavade et Camille Lutz, bénéficiaire, tout comme Simon Gauzy en garçons, d’une wild-card) mais l’aventure s’est arrêtée au 1er tour pour les trois : face à l’Allemande Sabine Winter (10e mondiale, finaliste en 2025) vainqueur 3-1 (11-4 5-11 11-4 11-9) pour Yuan Jia Nan (41 ans, 35e); contre la Japonaise Hitomi Sato (8e) victorieuse également 3-1 (12-10 11-6 12-14 11-1) avec des regrets au 1er set pour Prithika Pavade (37e) et face à Yingsha Sun (2e) la future… lauréate, vainqueur 3-0 (11-6 11-5 11-3) pour Camille Lutz (113e et 105e au moment du cut).
Amputé de la tête de série n. 1 mondiale, la Chinoise Wang Manyu, éliminée en 8e (2-4) par sa compatriote Chen Yi (9e), le tableau s’est vite et logiquement résumé à un duel asiatique (5 Chinoises et 3 Japonaises en quarts, 4 Chinoises dans le carré). Pour sa première participation à l’épreuve, Yingsha Sun (25 ans) s’est imposée face à Kuai Man (4e, 22 ans) 4-1 (8-11 11-7 11-3 11-9 11-6). Un trophée de plus (le 3e de la saison) pour cette championne du monde en simple et double mixte (2025), double vice-championne olympique (2020-2024), dix médailles d’or aux championnats du Monde et 24 au total sur les compétitions majeures.
UN BILAN HYPER SATISFAISANT

Malgré l’absence des Français pour un week-end final suivi attentivement par le nouveau directeur général de World Table Tennis, le Singapourien Chris Tam et l’un de ses lieutenants, la Sud de France Arena a continué à être très largement garnie (environ 45 000 spectateurs six jours), un succès quantitatif « avec une dynamique du public qui a été très actif dans son soutien aux acteurs. C’est ce qui ressort de toutes les réactions des participants qui parlent du meilleur tournoi du monde à ce niveau » se réjouit Michel Gadal, membre de l’organisation de ce WTT Champions. Et celui-ci d’enchaîner, « cette 3e édition a été une réussite globale, les gens se sont même bousculés lors des séances de dédicaces avec Félix et Alexis Lebrun. Elle a confirmé les éditions précédentes et c’est de bon augure pour la Coupe du Monde 2027 (29 mars au 4 avril), l’un des trois plus grands événements du monde, où l’on va mettre le « ping » au coeur de la ville. Il y aura 48 joueurs, 50% par leur classement et 50% issus de tournois de qualification, et autant de joueuses. » Point de WTT Champions à Montpellier en 2027, c’est Antibes qui en sera la ville hôte mais « avec le soutien du maire, Michaël Delafosse, à fond derrière nous, le souhait de l’organisation est de revenir en 2028. » Pas de doute, le ping et Montpellier, c’est une affaire qui marche.















Votre commentaire