Entraîneur de référence dans le milieu du football féminin dans l’Hexagone où il a officié au Montpellier Hérault SC, à l’Olympique Lyonnais, au Paris SG ainsi qu’aux Girondins de Bordeaux pour treize saisons au total couronnées par 2 sacres européens, 4 titres de champion de France, 6 Coupes-Challenges de France et moult places d’honneur, Patrice Lair a connu également des expériences au masculin, plus ou moins concluantes, au Angoulême CFC, au CS Villeneuve, aux Chamois Niortais, à l’EA Guingamp, à la Berrichonne de Châteauroux, sans oublier trois épisodes avec les Espoirs de Savalou (Bénin), les U17 masculins du Rwanda et, la saison passée, les féminines du Deportivo Toluca au Mexique. Après un quart de siècle au bord des terrains, une retraite bien méritée semblait une quasi évidence. C’était bien mal connaître le Breton, homme de caractère, toujours motivé et en quête d’adrénaline à 65 ans, aussi l’appel du Montpellier HSC Féminines a vite fait de le convaincre. Entretien prolongé avec un personnage attachant, intéressant, pas « langue de bois » pour un sou et surtout passionné alors que le MHSC féminines reprend le 6 juillet avec d’ores et déjà une fabuleuse perspective, un match amical chez les championnes d’Europe du FC Barcelone le 12 août.

Dix-neuf ans près, vous voilà de retour à la tête de l’équipe féminines de Montpellier, le scénario était inscrit dans votre tête !
Patrice Lair : Pas forcément non ! Alors oui pour y habiter, on s’était toujours dit ça avec ma femme. J’ai connu le nouveau président délégué de Montpellier, Paul Bouffard, au cours de mes années sur Bordeaux, des contacts sont intervenus dès octobre-novembre et il y a eu une proposition ferme il y a 2-3 mois. La présence de Laura Agard en tant que directrice sportive et que j’ai eu sous ma coupe comme joueuse, a été très importante. C’est le MHSC de Louis Nicollin qui m’avait mis le pied à l’étrier, avec le soutien de Sydney Biton, en 2005, alors que je ne connaissais rien au football féminin même si j’avais vu les Bretonnes de l’usine Chaffoteaux de Saint-Brieuc lors de leur épopée en Coupe de France en 1989 et été spectateur d’un premier match « pro » à Soyaux à l’invitation de Corinne Diacre qui y jouait.
A 65 ans, vous avez toujours l’envie, la gnac, le besoin d’aller à l’entraînement, de manager un groupe, et de ressentir l’adrénaline des matches !
Il y a de petits moments où tu te dis que c’est maintenant… et au bout de quinze jours, l’envie reprend le dessus. Ce qui me manque le plus lors des coupures, c’est l’adrénaline du match, la préparation, la tension. J’ai ce besoin de vivre avec le groupe à 100%, je me sens toujours motivé. J’ai vécu des expériences pas toujours exceptionnelles, à Châteauroux avec Plasil, on a arrêté après trois mois, on s’est assis sur deux ans de contrat, le groupe était compliqué, là on se pose des questions. Puis à Bergerac (N2) où j’étais conseiller, j’étais prêt à rester car c’était de l’amateur à bon niveau mais est arrivée la proposition de Amandine Henry et de Sonia Souid, mon agent, de rejoindre Toluca (D1 féminine) au Mexique.
Depuis 2003, vous avez entraîné dans plus de dix clubs, féminins ou masculins, connu une sélection, et passé au mieux 4 saisons dans le même club (à l’OL), est-ce que vous concédez un besoin de bouger, de se challenger, ou ce sont les contextes ponctuels qui ont conduit à tous ces changements ?
Je suis un entraîneur exigeant avec mon groupe au niveau de l’aspect mental. Je le reconnais sans souci, j’aime bien aller au conflit. Je veux pousser les gens, qu’ils aillent au bout d’eux-mêmes, et je comprends que ça puisse fatiguer les gens. Quand j’arrive quelque part, j’ai des objectifs élevés, à Montpellier, je veux surprendre tout le monde, ceci dit, j’ai bien conscience que le football féminin ne rend pas forcément populaire. Mon parcours s’est joué parfois de façon surprenante, c’est un agent français qui m’avait envoyé au Bénin, plus tard, je me suis rendu au Rwanda pendant les événements des Tutsis, ça ne m’empêchait pas de me balader à pied, j’étais connu des gens. Dans un style très différent, j’étais sur la plage à Carnon lorsque Jean-Michel Aulas m’a appelé pour me faire venir à Lyon…

Vous avez connu trois expériences à l’étranger au Bénin puis au Rwanda avant la saison passée au Mexique à Toluca. Au delà de l’aspect financier, ça a été de belles expériences ?
Oui, j’ai vécu des moments très particuliers et je me suis enrichi. Pour le dernier épisode, je ne connaissais même pas le nom du Deportivo Toluca pour être honnête. Deux ans plus tôt, j’avais déjà été sollicité par les Tigres (le club d’André-Pierre Gignac), là, j’ai dit oui à une équipe 11e-12e du championnat, dans une ville ouvrière, avec des valeurs, située à 65 km de Mexico et à 2 800 m d’altitude. J’habitais dans un appartement pas vraiment luxueux mais il y avait tout dans la résidence, ma femme y est venue une quinzaine de jours. Je prenais des Uber pour rejoindre le site d’entraînement où mon staff et moi n’avions pas de bureau ni de vestiaire, j’envoyais le contenu des séances avec mon téléphone, je me suis beaucoup battu pour améliorer tout cela. Dans le championnat, on passe de stades de 3-4000 places à 50 000, nous à Toluca, on évoluait devant 7 à 8000 spectateurs, il y avait un véritable engouement. Pour la première fois de l’histoire, Toluca a fini 4e de la 1ère phase (uniquement des matches « aller ») puis 6e de la 2e phase (matches « retour »). L’argent entre en jeu, il ne faut pas se voiler la face et j’avais un bon salaire équivalent à celui de la Ligue 1 messieurs plus les primes. Là-bas, les dirigeants sont tranquilles mais ils te paient toujours. Au niveau de l’équipe, outre Amandine Henry et Eugénie Le Sommer, j’ai également retrouvé Sofia Jakobsson et Faustine Robert (deux ex- du MHSC), mon staff était mexicain avec quelques Français, j’ai adoré tout cela. Tous les matches sont télévisés à des horaires parfois fantaisistes (10 h, midi, 15 h, 17 h, 21 h…), ils s’en foutent (sourire). A Noël, je les ai prévenus que je quittais le club en fin de saison.

Vous avez un palmarès sans égal au niveau du football féminin mais dans votre carrière, il y a une case blanche, celle de l’équipe de France ! Pourtant, votre nomination sonnait comme une évidence.
Mon caractère trop impulsif, ma difficulté à faire preuve de diplomatie ont fait peur à certains mais je suis resté moi-même et c’est ce qui compte à mes yeux. Je n’aurais pas pu ne pas être moi-même pour obtenir le poste à tout prix. Alors oui, il y a un regret, car c’est un aboutissement d’être à la tête de l’équipe de ton pays. Je pense que j’aurais mérité de l’être mais à 65 ans, je suis toujours sur le marché (sourire) et pourquoi pas, oui… En attendant, j’ai toujours été en soutien des sélectionneurs successifs.
En l’espace de 23 ans, votre management a évolué ou l’évolution de la société, des joueuses, des mentalités… vous a contraint à vous adapter ?
Oui, il a évolué, j’ai délégué beaucoup plus. Après, mon fonctionnement global ne change pas, je veux toujours des joueuses qui se subliment, franchissent des étapes, et avec lesquelles je suis dur. Tout est acquis aujourd’hui, la moindre fille qui joue trois matches en D1 Arkema, elle se croit arrivée. Il faut rester dans un cadre mais les dirigeants ont souvent peur des conflits. Il est nécessaire de composer, oui, mais le respect doit être là.
On parle de plus en plus de la petite mort du sportif, est-ce que cette notion peut se conjuguer aussi pour un entraîneur ? Est-ce que vous vous sentez concerné ?
Non, pas pour le moment. Tant que je peux assumer physiquement, mentalement, je vais continuer, je n’ai pas ce besoin d’être reconnu, pour moi, le plus important est que l’on parle du club. Je m’investirais toujours, chez les jeunes, ça peut être bien aussi, ça permet de rester actif. Alors non, je n’ai pas peur de l’après et de cette fameuse petite mort…
Vous revenez dans un contexte aux antipodes de ce que vous avez connu dans un club qui a été racheté il y a quelques mois, s’est sauvé miraculeusement en D1 Arkema dans les arrêts de jeu sur un autre match… Est-ce que ça vous fait peur ou est-ce que c’est excitant, en tous les cas, ça n’est pas confort ?
Je voulais d’abord un cadre de vie. Le confort, c’était de rester au Mexique avec beaucoup d’argent ce que j’aurais tout aussi bien pu faire. Mais je n’ai pas peur, je suis toujours redevable à Louis Nicollin. Je reste le premier entraîneur à avoir gagné une Ligue des Champions, c’est palpitant, après, c’est vrai, c’est plus facile d’entraîner l’OL, le Paris SG… Je suis content, j’ai reçu beaucoup de messages dans ce sens là.

Quels seront les moyens, sur quelle base d’arrivées et de départs de joueuses peut-on miser, quel sera l’objectif pour cette première saison ?
Les équipements ont changé (de Nike à Adidas), il y a un nouveau logo, mon bureau est désormais au Centre d’Entraînement à Grammont… je découvre un nouveau club et je pars sur une année de transition comme à Toluca. L’idée est de terminer au-dessus des places de relégable et de redonner la place qui est la sienne alors qu’il y a une forte concurrence de l’Olympique Marseille et de Toulouse qui nous sont passés devant. Je vise la 1ère partie du tableau, on verra déjà à Noël où on en est. J’ai signé un contrat de 2 ans + 1 en option, dans un délai de 2-3 ans, il faudrait retrouver le Top 3-4, je suis ambitieux. Au niveau de l’effectif, il devrait y avoir une dizaine de départ et 5-6 arrivées en essayant de réussir des bons coups avec des étrangères. Propriétaire de deux autres clubs (dont le FC Rosengard, Suède), le groupe Crux (fondé par Bex Smith, ancienne capitaine de la Nouvelle-Zélande) a un véritable savoir-faire, et il y a un beau projet à mener. Aujourd’hui, je suis avant tout très impatient de reprendre l’entraînement… et plus motivé que jamais.




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