
Il est de ces moments, uniques, qui vous marquent la vie d’un club, et en la matière, le Montpellier HB a l’embarras du choix avec la collection de trophées dont il peut se targuer… il est aussi de ces joueurs qui, pour des raisons variées, y laissent une trace indélébile. Ce mercredi, à l’Espace 2 Étoiles du FDI Stadium, l’une des étoiles du MHB a annoncé non pas son intention d’être… filante mais plutôt, la décision du clap de fin de sa superbe carrière. A 36 ans, Diego Simonet, va vivre ses dernières semaines, livrer ses ultimes duels sous le maillot du MHB, offrir ses derniers moments de bonheur à la planète handball et notamment au public montpelliérain qui peut et doit impérativement cocher la date du samedi 6 juin à la Sud de France Arena pour la « der » des « der » du magicien, « Chino ou El Chino » (son surnom), à l’occasion d’un derby languedocien MHB – USAM Nîmes. Et pour une fois, on ne sera pas forcément impatient d’arriver à cette date qui restera historique.
UN PARCOURS PAS SI SIMPLE

Du 26 décembre 1989, le jour de sa naissance, à Vicente López, dans l’Agglomération du Grand Buenos Aires au… 6 juin 2026, le jour J de son clap de fin sportif, le cadet de Sebastián et aîné de Pablo parmi les trois garçons, tous handballeurs, de Louis Simonet et d’Alicia Moulds, a eu une existence riche, pas toujours dans la facilité, basée sur des valeurs, la notion de transmission, une certaine éducation, sportive notamment. Ses parents, tous deux internationaux, se sont rencontrés dans un club, ballon en main, il lui fallu lui, à 14 ans, effectuer le choix du ballon, football ou handball au SAG Ballester qui a accueilli les premiers pas d’une future star de l’équipe nationale. Hyper actif, amoureux du jeu et de tous les plaisirs qu’il procure, Diego Simonet a vite dû se résoudre à l’exil pour évoluer dans son sport. En trois étapes, à 18 ans au Brésil, au São Caetano HC (2008-2009) « en ayant dû tout quitter, la famille, et la famille, c’est très important pour nous, Argentins, un cadre de vie, les amis… » pour des débuts, qui plus est, difficiles, puis l’Espagne au CB Torrevieja (2009-2011). C’est de là qu’il rejoindra l’Hexagone et plus précisément l’US Ivry en compagnie de son frère aîné, Sebastián, en avril 2011 après un Mondial en Suède où les « bleu et blanc » se révélent à la planète handball. Avec le club banlieusard où il restera deux saisons (2011-2013), Diego s’offre une première finale de Coupe de France 2012, perdue 29-25 malgré ses 7 buts, face au… MHB. Tiens tiens !! « El Chino » rejoindra bien l’Hérault et le MHB alors présidé par Rémy Lévy un an plus tard, et il n’est pas prêt d’oublier son arrivée. « Il y avait tellement de vent au moment d’arriver en avion à Montpellier que l’on a atterri à Marseille. C’est avec mon français alors très limité (sourire) que j’ai pris un bus tout seul pour arriver à Montpellier », s’amuse-t-il aujourd’hui sans préciser s’il y avait un arrêt à (l’USAM) Nîmes ou non… Poursuivant, « après ma signature, au cours d’une interview pour le site du club avec Patrice Canayer, celui-ci m’a confirmé que j’allais être le seul demi-centre avec Michaël Guigou, je n’avais que 23 ans, ça m’a surpris, presque choqué. » Une surprise vite effacée dès ses débuts face au club polonais de Plock pour se qualifier en Ligue des Champions, l’histoire pouvait commencer…
« ICI, JE ME SUIS CONSTRUIT COMME JOUEUR MAIS SURTOUT COMME HOMME »

Elle durera 13 saisons, ce qui depuis des lustres est une rareté absolue dans le milieu sportif professionnel où les épisodes, quand ce ne sont pas de simples parenthèses, excèdent difficilement les 2-3 saisons. Treize saisons avec beaucoup de hauts, quelques bas, de bonheur pour le public qui en a aussitôt fait l’un de ses chouchous, séduit par ce magicien des terrains, le Messi du handball, un demi-centre mais.. 100% d’investissement, de générosité. Les chiffres sont éloquents : 360 matches sous les couleurs du MHB, 1324 buts (avec un pic à 10) et sur son CV, sept titres majeurs : une Ligue des Champions, deux Coupes de France, deux Coupes de la Ligue et deux Trophées des Champions. Mais ils ne disent pas tout de l’influence de ce joueur aussi talentueux que créatif, imaginatif dans le jeu, sous la coupe de Patrice Canayer et, depuis deux saisons, d’Erick Mathé. « La clé, c’est le plaisir, pouvoir s’amuser. J’ai toujours joué par passion, pour mes coéquipiers avec l’envie de me jeter sur tous les ballons à chaque match » (sic). Mais il lui a fallu trouver l’équilibre entre cette vision des choses, cette ADN et un Patrice Canayer « qui était très exigeant à tous les niveaux et m’a permis de grandir par étapes. Je suis venu comme un gamin avec peu d’expérience, je vais quitter le club avec des souvenirs, des titres et plein d’expérience. Ici, je me suis construit comme joueur mais surtout comme homme… »
Alors qu’il lui reste six matches à jouer, et que ses coéquipiers sont loin de décrire un joueur en bout de course, Diego a donc décidé de tirer sa révérence. « J’avais résigné il y a 3 ans en sachant que je serais à 100% pendant deux saisons. C’est en décembre dernier que j’ai su que j’allais arrêter et je l’avais dit à l’entraîneur (Erick Mathé). Entre cette décision et la naissance de ma fille, je ne pouvais avoir la tête à tout et il y avait une échéance plus importante que l’autre ! C’est ce qui a conduit à ce timing, durant cette semaine internationale, pour faire cette annonce officielle. A un moment, il est difficile de rester motivé, d’aller tous les jours à l’entraînement en étant à 100%, je ne voulais pas manquer de respect au club. Oui, c’était le bon moment » explique l’intéressé qui avait effectué ses adieux en janvier dernier à sa sélection nationale argentine avec laquelle il a disputé trois Jeux Olympiques et remporté trois Jeux Panaméricains. Outre les superbes ultimes échéances en vue, le plus Argentin des Montpelliérains va conserver son rôle de facilitateur pour les néos rugbymen, volleyeurs ou footballeurs rejoignant le MHR, le MHSC VB ou le MHSC ainsi qu’il le fait depuis plus d’une décennie. A l’heure d’évoquer ses meilleurs souvenirs, « Chino »a un large choix. S’il a été élu MVP du Final Four 2018, il estime « ne pas avoir joué mon meilleur march ce jour là », ayant gardé une tendresse particulière pour le quart de finale qualificatif à ce même Final Four avec ce succès + 10 (en fait + 12, 29-17) face à Flensburg. Toujours cette priorité accordée au collectif chez celui qui « espère et souhaite que les gens vont conserver de moi l’image d’un joueur qui a tout donné pour le club, a été positif, sincère et sur lequel, on peut toujours compter pour un conseil… bref, une belle personne. » Il n’a pas de souci à se faire, tout le monde a d’ores et déjà validé.
PRIORITÉ À LA FAMILLE POUR DIEGO

Et n’en sera que plus convaincu jusqu’au 6 juin, date de ses adieux officiels à l’équipe fanion, pas au club (cf témoignage du président Julien Deljarry). Mais il y a un temps pour tout et le tellement attachant Diego, interrogé sur la fameuse petite mort du sportif, « n’a pas peur même si, plus l’on va s’en approcher, plus… Plein de choses vont me manquer comme les matches oui, être à côté de Rémi (Desbonnet) dans les vestiaires (rires). Mais j’ai ma famille, ma femme, qui est argentine et que j’ai rencontré en France, mes trois enfants, tous nés à Montpellier, et ça va être clairement eux la priorité » sourit le futur retraité du jeu. Sans aucune crainte pour l’après car il a créé trois jeux de société, testés auprès de ses coéquipiers de vestiaires, « 1812 » (année où a été créé le drapeau argentin), « Les Secrets de la Tour Eiffel », « Olympikos » au sujet des Jeux Olympiques, lancé une start-up en plus d’un diplôme de manager… Une nouvelle vie qui va autoriser davantage d’Asado (barbecue en version argentine), « ah, je vais pouvoir manger plus de viande, ne plus être professionnel » (sourire), partager davantage de temps avec sa famille au grand complet à Montpellier, « la seule ville qui peut me faire penser et y vivre comme si j’étais à Buenos-Aires tant elles se ressemblent. » La ville où (le match aura lieu sur Pérols, à la Sud de France Arena) le samedi 6 juin, « ce ne sera pas un match comme les autres, mais une dernière danse, la mienne, la nôtre… » Dans une enceinte qui sera, on n’en doute pas une seconde, archi-bondée pour dire au-revoir, merci pour tout à celui que chacun rêve d’avoir comme grand frère, meilleur ami. Et qui, comme à plusieurs reprises durant cette dernière conférence de presse, assortie de deux vidéos très touchantes dont celle de son père, arrivée quelques heures à peine plus tôt, ne manquera pas d’essuyer quelques larmes. Celles d’une très très belle personne.
TÉMOIGNAGES

Julien DELJARRY (président MHB) : « Diego est une légende, une légende et au delà même du MHB parce que quand on regarde dans le rétroviseur, treize saisons chez nous, il n’y a qu’un seul joueur qui a fait mieux, mais ce joueur (Michaël Guigou, Ndlr) avait été formé chez nous. Diego est le seul joueur à être arrivé chez nous après avoir commencé une carrière ailleurs, à être resté aussi longtemps, le seul joueur étranger à s’être imposé et devenu une légende dans un club français. Et ça, ça sera gravé pour toujours. En plus de ça, ce joueur nous a fait gagner une Ligue des Champions en étant élu MVP du Final Four en 2018 où moi-même j’étais comme un fou dans les tribunes et je n’avais qu’un seul joueur en tête, c’était Diego Simonet. Donc, ce joueur là est une légende et dès l’année prochaine, il intègrera le Hall of Fame du club, mais ça n’est même pas besoin de le dire tellement c’est une évidence, tellement le MHB aime Diego et Diego aime le MHB, c’est ce qu’on s’est dit en déjeunant avant-hier (lundi 4 mai). Je suis convaincu que cette histoire doit perdurer dans le temps de quelconque façon que ce soit. Comme je l’ai dit tout à l’heure, ce qui ajoute un peu plus à sa légende, c’est que Diego est le premier joueur, à prendre sa retraite sous le maillot du Montpellier Handball. Et quelle retraite, puisqu’à quelques semaines de son dernier match, il est titulaire chez nous et reste l’un de nos joueurs maîtres de l’effectif alors même qu’il souhaite arrêter sa carrière. En plus de ça, on va vivre une fin de saison exceptionnelle avec lui, pour lui, une finale de Coupe de France, notre prochain match (vs HBC Nantes à l’Accor Arena le samedi 23 mai), un Final Four de coupe d’Europe et surtout, un final, un dernier match à la Sud de France Arena (face à l’USAM Nîmes) qui sera un match, oui pour aller chercher la Ligue des Champions mais surtout pour honorer 13 ans d’histoire du Montpellier Handball qui s’arrêteront sur le terrain mais qui ne s’arrêteront jamais. Et pour lui faire un clin d’oeil, toute l’équipe portera un maillot spécial, dédié à Diego, un maillot du MHB mais avec une petite touche argentine, ses racines. On vous laissera le découvrir ce soir là et ce maillot sera mis en vente à la boutique. »
Valentin PORTE (capitaine MHB) : « Des départs de coéquipiers, j’en ai vécu des centaines et des centaines dans ma carrière. Mais celui-là est un peu à part et fait partie des départs qui marquent, parce que c’est un très grand joueur et un très grand homme comme il l’a dit, j’en atteste, il n’a pas menti. C’est vraiment l’homme qu’il est et c’est ce qui marque le plus. Et lorsqu’avec mes coéquipiers, on est gagnés par l’émotion, ça n’est pas parce que les images (de la vidéo, Ndlr) sont belles, et elles le sont, mais parce que l’on se met à sa place, la personne qu’il est, on est touché par tout ce que ça représente et l’arrêt d’une carrière, ça n’est pas anodin, surtout pour un joueur qui a tant donné pour le club, le handball et avec qui j’ai partagé dix ans de ma carrière. Franchement, je ne suis pas sûr d’avoir connu un coéquipier si bon, je ne parle pas de niveau handballistique, j’ai joué avec plein de très bons joueurs, et il en fait partie mais humainement, c’est rare de trouver des gens comme ça. On est dans un rythme de deux matches par semaine, et malgré ça, il avait toujours un mot, une attention pour chaque joueur. Si quelqu’un avait un souci, il le sentait et il était le premier à venir vers nous, à proposer d’aider. Il a souvent invité l’équipe chez lui pour un barbecue, il était très équipe et il a raison. Une équipe, ça performe si elle est soudée et ça passe par ces petits moments là, et lui, il avait ce ressenti, c’est ce qu’il disait, on le besoin de se retrouver en famille autour de la piscine, autour d’un barbecue et à chaque fois, ça faisait mouche. C’est un coéquipier exemplaire même quand il était dans le dur physiquement car il n’a pas été épargné, le pauvre, mais même dans le dur, il était toujours là pour l’équipe, avec le sourire, avec toujours les mots justes, la science tactique, il a toujours plus pensé à l’équipe et aux autres, qu’à lui-même. C’est pour ça qu’avec l’arrêt de sa carrière, il a raison d’un côté de penser un peu à lui et à sa famille… Je n’ai pas pu m’empêcher de penser évidemment à ce que ça sera pour moi ce jour là. Quand on regarde cette conférence de presse, on se dit qu’on a l’envie d’avoir un même type de fin après avoir gagné tant de choses, avoir tout donné dans un club où l’on a passé treize ans, je rêverais d’une fin aussi belle. »
Rémi DESBONNET (gardien de but MHB): « Dire un petit mot sur Diego, c’est difficile parce que il y a énormément de choses à dire. Mais le premier mot serait de dire ma fierté, de témoigner de ma fierté d’avoir partagé le terrain, le vestiaire avec un joueur comme lui. Et la vie avec un homme comme lui. Je retiendrais autant le joueur que l’homme, oui bien sûr, c’est rare de dire ça d’un sportif j’ai l’impression, mais ils sont indissociables c’est à dire que ce qu’il est dans la vie, il l’est aussi sur le terrain. C’est un créatif, un amoureux de la vie, du jeu, et en fait, il n’y a quasiment pas de différence entre le Diego qu’on voit sur le terrain et celui qu’on voit dans la vie. Si on adore le voir jouer, on adore le côtoyer dans la vie en général. J’ai une image très forte de la Coupe de France de l’année dernière où « Val » (Porte) l’appelle pour qu’il soulève le trophée avec lui, et donc effectivement, moi j’aime bien ce genre d’images et je rêverais de pouvoir le voir soulever seul l’un des deux (Coupe de France, Final Four de Ligue Européenne, Ndlr) ou les deux trophées que l’on peut encore gagner. Avec les joueurs spéciaux, il arrive toujours des choses spéciales, alors j’espère qu’on pourra tous en profiter ».








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