L’ANCIEN ENTRAÎNEUR DE L’ÉQUIPE DE FRANCE, FRANCIS JORDANE, NOUS A QUITTÉ

La famille des « vieilles gloires » du basket français installées dans le feu Languedoc-Roussillon a perdu encore l’un des siens. Après René Chocat, Jean-Paul Beugnot, Alain Gilles, Robert Monclar et Jean Galle, c’est le natif d’Arles-sur-Tech (Pyrénées-Orientales), Francis Jordane, l’ancien entraîneur de l’équipe de France, qui nous a quittés en ce 11 novembre à l’âge de 79 ans suite à des problèmes de santé qui se sont accumulés depuis un an, suscitant une vague de témoignages et d’hommages chaleureux sur les réseaux sociaux, sitôt la nouvelle, annoncée par l’un de ses proches et ancien dirigeant à Perpignan, Jean-Marc Esteban, connue. 

D’ARLES-SUR-TECH A L’ALSACE

Né le 29 mars 1946, passé un exil professionnel à l’Est, Francis Jordane avait fini par reposer ses valises sur ses terres natales quittées pour Canet-en-Roussillon au cours de ces dernières années. Une carrière très riche pour ce professeur de sport BE2 ayant eu un gros parcours de cadre fédéral tout en s’impliquant dans les grandes largeurs pour l’édification du Centre Sud Canigo’ d’Arles-sur-Tech où il avait monté ses camps de basket. Un Centre labellisé « Terre de Jeux 2024 » mais, et ça l’avait clairement affecté, « ignoré » dans la répartition des nations lors de l’avant Jeux de Paris 2024. Catalan bon teint, Francis avait connu un exil en Alsace dans les années 1970 en tant que cadre technique dans le Haut-Rhin puis le Bas-Rhin, Conseiller Technique Départemental (CTD) puis Conseiller Technique Régional (CTR) avant d’entraîner et de faire accéder la SIG (Strasbourg Illkirch Graffenstaden) en Nationale 1 en 1974. Du reste cette escapade prolongée, bouclée au printemps 1974, l’aura profondément marqué, ses camps d’été sur Arles ayant faisant l’objet d’échanges avec des joueur(se)s en provenance d’Alsace. C’est le Directeur Technique National (DTN) de l’époque, André Ostric qui avait été à l’origine de son retour « au pays » pour prendre la suite de René Chocat en tant que CTR.

UN TECHNICIEN PARFAITEMENT RECONNU

Entraîneur des filles du CO Cabestany (N2) avec un titre de champion de France à la clé en 2010, de Perpignan (L2) avec Yannick Esteban, des garçons de l’USA Toulouges (N2) et de Narbonne (Pré-National), le Catalan a également disputé le championnat d’Afrique à la tête de deux nations, le Maroc et La Tunisie. Un parcours qui lui a valu de côtoyer à plusieurs reprises un autre cadre technique, Jeff Dubreuil, au CV bien atypique, entraîneur de feu Montpellier Paillade en Pro A, de Lattes-Maurin amené jusqu’en Ligue féminine mais encore CTR ! « Il y avait une grande amitié entre nous, de l’estime réciproque et du respect de la fonction, de ce qu’il a fait dans le basket. Nous étions collègues en tant que CTR, lui coiffé de la casquette de Conseiller Technique National (CTN) et j’ai beaucoup apprécié de travailler à ses côtés. Francis était une compétence reconnue qui avait toujours des avis circonstanciés sur ce qui se passait » lui rend hommage celui qui l’avait affronté… sur le banc à l’époque d’un duel CRO Lyon – SIG Strasbourg en Nationale 1 puis, longtemps plus tard clin d’oeil du destin, pour un Croix d’Argent Montpellier – Narbonne. 

CINQ ANS COMME « BOSS » DE L’EQUIPE DE FRANCE

Mais le Must de ce joli parcours restera l’équipe de France. Adjoint des regrettés Jean Luent puis Jean Galle sur l’équipe de France A (1986-1988), il en était devenu l’entraîneur principal en 1988, participant entre autres aux Jeux Méditerranéens mais surtout à trois championnats d’Europe (1989-1991-1993) avec un souvenir marquant, cette 4e place à l’EuroBasket 1991 à Rome, l’un des meilleurs résultats des Bleus à cette époque, avant un Top 8 deux ans plus tard à Berlin en s’offrant le scalp de l’Allemagne au 2e tour avant que la Manschaft ne devienne… championne d’Europe. Une épopée partagée avec son fidèle complice durant 40 ans, Patrick Esteban, à ses côtés jusqu’au bout. Et cette équipe de France, « j’en faisais partie. Sa disparition m’a choqué, je garde un souvenir ému de Francis Jordane que j’ai très bien connu et qui aura été mon dernier entraîneur en EDF. Il m’avait du reste nommé capitaine de l’équipe » se souvient Valéry Demory. Et l’entraîneur des Gazelles du BLMA de poursuivre en forme d’hommage, « c’était une très bonne personne, peut-être même quelqu’un de trop gentil. J’ai autant apprécié l’être humain que le technicien.» Sa carrière, ses rencontres lui ont également valu de côtoyer His Airness, Michael Jordan, lors d’une rencontre historique face à la mythique Dream Team de l’ex. n. 23 des Chicago Bulls.

Entre Jordan(e), on se comprend parfaitement. PHOTO DR

FRANCIS JORDANE ET MICHAEL JORDAN, A UNE LETTRE PRÈS…

Cette quasi homonymie aura été source de quelques anecdotes, l’intéressé ayant souvent raconté, sourire aux lèvres, qu’à l’occasion dudit match, « lorsque je suis allé me présenter à Chuck Daly (NDLR, l’entraîneur de la Dream Team), il a demandé à Michael Jordan s’il savait que le coach de l’équipe de France s’appelait Jordane. Il avait répondu What ? What ? et avait tenu à me connaître. » Comptant parmi ses successeurs, Claude Bergeaud a été également très touché par le décès du Catalan, véritable bâtisseur, grand formateur, épris de travail, soucieux de transmettre avec un vrai degré d’exigence. « Je suis en premier lieu très ému à l’annonce du décès de Francis Jordane. La première fois que je le rencontre, je suis très surpris parce qu’au début des années 1980, il y avait l’avènement d’une future star mondiale de ce sport qui va devenir un phénomène, c’est Michael Jordan et donc moi je m’attendais à rencontrer un entraîneur black. C’est finalement un Catalan que je rencontre la première fois au CREPS de Toulouse. J’avais été très très étonné de l’avant-gardiste qu’était ce bonhomme qui était déjà dans l’idée du partage des responsabilités dans un staff puisque je pense qu’à côté de lui, il y avait déjà Jean-Paul Rebatet, Jean-Pierre De Vincenzi, Lucien Legrand, déjà des futurs noms du basket professionnel et il a été l’un des précurseurs dans ces idées de composer des staffs. Il avait vu plein d’autres coaches emboîter le pas dans cette idée de « il n’y a pas un coach unique » à l’ancienne puisque l’on sortait presque des années entraîneurs-joueurs qui étaient encore existants dans la fin des années 1970 » raconte l’Ariégeois. Avant d’enchaîner : « Et donc lui avait amené cette évolution, et puis après, c’est un vrai Catalan, un vrai type avec des idées fortes, des idées puissantes sur le jeu, les méthodes d’entraînement… Voilà, c’est peut-être quelqu’un qui n’a pas eu en club la carrière qu’il aurait mérité mais l’a-t-il tenté puisque le retour dans son pays catalan a été peut-être une priorité, était-ce guidé par, on va dire pas forcément une fin heureuse en équipe nationale, un petit peu comme beaucoup d’entraîneurs nationaux. Mais derrière cela, il faut savoir rebondir, il ne faut pas s’arrêter à ces seules expériences parce qu’une équipe nationale, peut-être moins aujourd’hui mais par le passé, c’était un système qui broyait les hommes. On était vraiment très très isolés alors que maintenant, on est très très staffés, donc beaucoup plus de responsabilités réparties entre un GM, un directeur sportif, un manager de la performance, etc etc. Francis est un homme délicieux au plan humain, un homme plein de bonté, de gentillesse c’est péjoratif, mais de candeur, un homme très très souriant dans le partage, je retiendrais que de belles belles choses de ce grand monsieur du basket. »

Une conclusion que l’on partagera pleinement à l’heure de rendre hommage à ce personnage tellement attachant et de présenter nos condoléances à Marie, sa femme, à ses deux enfants, Franck et Gaëlle, et à tous leurs proches.

Avec Christian Ortega et Emmanuel Raynaud à Perpignan lors d’une A.G couplée avec la remise des trophées de l’Académie du basket occitan comme membre du jury. PHOTOS PIERRE DUPERRON

En savoir plus sur Le blog de Pierre DUPERRON

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire