L’édition 2025 de Roland-Garros a rendu son verdict… elle aura été marquée par moult moments forts sur les terres ocres de la Porte d’Auteuil à Paris, à l’image de cette finale messieurs ancrée à jamais pour ceux qui en ont été les témoins comme pour les téléspectateurs scotchés devant leur petit écran 5 h 29 durant mais pas que… Outre le caractère inédit du maintien (ouf) des juges de ligne et avec succès, une exception parmi les tournois du Grand Chelem, divers hommages ont été à la hauteur des champions honorés avec une tonalité, une sensibilité en rapport à la personnalité de chacun, de Rafael Nadal à Richard Gasquet en passant par Nicolas Mahut, notre « Mr double ». Du côté des Français, on craignait le pire, il faut bien être honnête, il n’y aura pas vraiment eu de bonne surprise… exception faite d’une joueuse, Loïs Boisson qui a fêté ses 22 ans quelques jours avant le début de la quinzaine et prolongé les festivités en étant la « sauveuse » du tennis tricolore en seconde semaine. Retour sur cette quinzaine.

UNE FINALE D’ANTHOLOGIE
5 h 29, trois chiffres gravés à jamais dans l’histoire du tennis depuis ce dimanche 8 juin, ceux de la durée record (le précèdent de 4 h 42, j’en avais du reste été le témoin, remontait à 1982 pour un Wilander – Vilas conclu par 1-6 7-6 6-0 6-4 en faveur du Suédois) d’une finale monumentale entre Jannik Sinner, l’Italien, n. 1 mondial, et Carlos Alcaraz, l’Espagnol, son dauphin dans la hiérarchie… son bourreau sur le Central, et ce trois semaines pile poil après le duel en version transalpine au Foro Italico pour un verdict identique, le verdict des cinq ultimes « face à face », série en cours, entre les deux joyaux du tennis mondial actuel qui devraient nous offrir de nombreux rendez-vous dans la décennie à venir. Au tennis, les stats peuvent être « accablantes ». L’une d’entre-elles était cette incapacité pour Jannik Sinner de s’imposer au delà des 3 h 48. A une paire de minutes près, le natif de San Candido (Trentin / Haut Adige) a obtenu 3 balles de match, donc de titre à 6-4 7-6 4-6 5-3 et 0-40 sur service adverse. Toutes les trois mal négociées ou plutôt, superbement jouées, avec cran par le Murcien, à quelques centimètres près sur certaines frappes, un premier signe en faveur de celui qui allait remporter 13 des 14 points suivants avec un « petit jeu » supérieur à un rival aux frappes sans doute plus lourdes ! Une heure quarante cinq plus tard, après avoir harangué, même lorsqu’il était derrière au score, un public parisien très people, de Dustin Hoffman à Nathalie Portman en passant par Pharrell Williams, Tony Parker, Spike Lee, Lili Collins, Antoine Dupont, Pierre Niney, Clovis Cornillac, Iris Mittenaere, Dirk Nowitzki… ou encore Dédé Agassi qui remettra la trophée au vainqueur, l’Espagnol pouvait lever les bras, triomphal, avant une accolade pleine de chaleur avec sa victime et des mots qui leur appartiennent. Et pourtant, au bord de l’asphyxie, mené 2-4 puis 3-5 dans le 5e set, le numéro 1 mondial avait alors affiché des ressources insoupçonnées pour recoller à 5-5 et même se porter en tête au tableau d’affichage, 6-5, se retrouvant 3 fois (à 15-30, 30 A, 40 A, à deux points du titre. En vain ! Le super tie-break sera un cauchemar pour lui (0-7, 2-8, 2-10). Ainsi s’achevait une série de 20 victoires d’affilée en Grand Chelem… Ces deux là étaient invaincus sur leurs finales de Grand Chelem, 4/4 pour Carlos, 3/3 pour Jannik – qui avait triomphé à l’US Open puis à l’Open d’Australie 2024 – il y aurait forcément un « un de chute » ce dimanche. Et ce sera Jannik Sinner malgré un total de 193 points gagnés contre 192 à son bourreau, tout un symbole. Personne assurément n’oubliera où il était ce jour là… Un tel duel pour fêter les adieux de Rafael Nadal, le maître des lieux, difficile d’imaginer plus joli clin d’œil…

LES TRICOLORES EN BERNE
Sur la ligne de départ, ils étaient donc 27 : 18 chez les messieurs (dont 3 joueurs issus des qualifications, Kyrian Jacquet, Ugo Blanchet, Clément Tabur plus 5 bénéficiaires de wild-cards) et 9 chez les dames (dont 1 sortie des qualifications, Carole Monnet plus 6 bénéficiaires d’une wild-card), le plus faible total depuis le tableau étendu à 128 (1983). Des effectifs qui se sont réduits, trop rapidement , au fil des jours… Et au moment où le Paris SG connaissait la plus belle émotion de son existence du côté de Münich, il n’y avait déjà plus un seul Français en lice dans le tableau du simple messieurs quand Loïs Boisson avait éliminé, quelques heures plus tôt, sa compatriote Elsa Jacquemot avant le parcours que l’on sait dans le simple dames. Côté masculin : au 1er tour, 9 de chute (dont 4 lors de duels 100% tricolores), au 2e tour, 7 de chute (dont 4 il est vrai face à Sinner, Draper, Djokovic et Shelton, rien que ça), en 16e de finale, 2 de chute pour les derniers rescapés (Fils, blessé, par w.o et Halys, battu par Rune en 5 sets), fermez le ban. Et côté féminin : au 1er tour, 6 de chute, au 2e tour, 1 de chute, en 16e de finale, 1 de chute lors d’un duel 100% tricolore) et donc, l’exception Boisson. Des bilans faméliques qui interpellent à défaut de vraiment surprendre. Il va falloir assurément à nos dirigeants relayés par nos techniciens, repenser le système de formation et l’accès au haut-niveau… bien du travail en perspective !!
LOÏS BOISSON, L’EXCEPTION
Il faut bien être honnête, seuls les suiveurs experts des « circuits mineurs » avaient, avant ce Roland-Garros, connaissance de l’existence de Loïs Boisson. Un an plus tôt, cette Dijonnaise de naissance était classée aux alentours de la 150e place mondiale et avait dû renoncer à la wild-card qui lui était offerte par les organisateurs pour le tableau principal de Roland-Garros, la faute à une rupture des ligaments croisés du genou gauche survenue au 1er tour du WTA 125 du… Trophée Clarins au Paris Racing. Fille de Yann, ancien basketteur professionnel (Asvel, CRO Lyon, JDA Dijon) devenu directeur sportif, Loïs aura été la révélation de ce Roland-Garros. Classée au 27e rang français et 361e de la hiérarchie WTA avant ses exploits, elle est devenue la leader d’un tennis tricolore pâlot grâce à sa 65e place, soit un bond de 296 places, vous avez bien lu ! Feu de paille, pas feu de paille – chacun a son opinion -, on ne pourra en tous les cas pas retirer à la jeune Bourguignonne son parcours de folie sur les courts de la Porte d’Auteuil : Mertens (tête de série n. 24) 6-4 4-6 6-3 au 1er tour, Kalinina l’Ukrainienne (83e) 6-1 6-2 au 2e tour, Jacquemot (139e) la jeune Française 6-3 0-6 7-5 en 16e, Pegula (3e mondiale) 3-6 6-4 6-4 en 8e, Andreeva (6e mondiale) 7-6 6-3 en quarts de finale… il aura fallu tout le métier de Coco Gauff et, sa propre prestation la moins aboutie du tournoi, pour voir l’aventure être stoppée nette 6-1 6-2 aux portes de la finale. Un gros service, un sacré coup droit qui gicle, un revers slicé avec une marge de progression, le tout assorti d’une vraie confiance en elle et aussi cette résilience, mot tatoué discrètement sur son bras droit, la joueuse entraînée par le Lyonnais Florian Reynet dispose déjà d’un bel éventail d’atouts. D’un naturel bien peu démonstratif, faire parler d’elle par ses résultats suffit à son bonheur. En quête d’une wild-card pour Wimbledon qu’elle a des chances d’obtenir mais sans garantie aucune toutefois, car il n’existe aucun accord en la matière de réciprocité avec l’Angleterre comme c’est le cas avec l’Australie, la néo 65e mondiale va être sacrément attendue avec cette nouvelle étiquette. Et si elle n’a pas de points à y défendre, le plus dur commence pour l’héroïne de Roland-Garros et la « sauveuse » du tennis français. .

SIMPLE DAMES : ET DE DEUX POUR COCO
Tout comme chez les hommes, la finale féminine a opposé les têtes de séries n. 1, Aryna Sabalenka et n. 2, Coco Gauff… donnant le ton avec un succès de la moins bien classée. Victorieuse de l’US Open 2023, l’Américaine a doublé la mise au terme d’une finale à la dramaturgie exceptionnelle 2 h 38 durant, tout en étant marquée par… 100 fautes directes (70 pour la seule Sabalenka) en cumul et un écart de 19 coups gagnants (119/100) en faveur de la lauréate. Dans un tableau où la hiérarchie a été globalement respectée (14 sur 16 en huitièmes de finale), il ne manquait à l’appel en quarts que les têtes de série n. 3, Jessica Pegula, victime de la surprenante Loïs Boisson et n. 4, l’Italienne Jasmine Paolini, sortie par Elina Svitolina à l’issue d’un match aux « stats » très proches. Tombeuse en demi-finale de la triple tenante à Paris, la Polonaise Iga Swiatek, descendue au 5e rang, la Biélorusse Sabalenka s’offrait l’opportunité de glaner un 4e titre en Grand Chelem (2 Australian Open en 2023-2024 et 1 US Open en 2024) à 27 ans. Mais peu heureuse généralement Porte d’Auteuil (un quart, une demie et désormais une finale), elle allait, perturbée par les bourrasques du jour, et malgré le gain du 1er set, donner dans l’arrosage excessif (!!) du Central et, faute de plan B, céder au fil des minutes la gestion des débats à sa cadette (21 ans), entraînée par le Français Jean-Christophe Faurel après une première expérience. S’appuyant sur sa résistance physique, ses capacités de défenseuse face à une joueuse parfois injouable, Coco Gauff, de son vrai nom Cori Dionne Gauff, a su inverser la tendance tout comme en finale, tiens tiens, de l’US Open 2023 (2-6 6-3 6-2) face à la même adversaire. Porte-drapeau de Team USA aux Jeux Olympiques de Paris 2024 avec LeBron James, la Floridienne qui avait remporté le tournoi juniors sept ans plus tôt à 14 ans et deux mois, paraît promise au plus bel avenir.

DE BEAUX HOMMAGES ET UN TROP PLEIN D’EMOTIONS
Pour la première fois, il n’était pas en lice dans son véritable fief, ça n’a pas empêché Rafael Nadal d’être l’un des héros de la quinzaine. Le Majorquin n’avait pas caché une forme d’aversion pour les hommages, celui qui lui a été rendu sur le Central de Roland-Garros l’a ému au plus haut point. Assurément gêné de se retrouver l’objet de tous les regards sur le « Chatrier », la légende vivante des Internationaux (14 titres) Rafa a été nettement plus à son aise lorsqu’il a été rejoint par ses complices et adversaires privilégiés de sa période phare, Roger Federer, Novak Djokovic, Andy Murray, quatuor rejoint par Gilles Moretton (président de la FFT) et Amélie Mauresmo (directrice des Internationaux) pour les discours et la remise d’un trophée avant que ne soit dévoilée la plaque à côté du filet du court Philippe Chatrier avec son empreinte de pied et le chiffre 14 sous la Coupe des Mousquetaires, un moment très riche en émotions, qui n’a laissé personne insensible et dont l’intéressé ignorait tout.
Quelques jours plus tard, « notre » Richard Gasquet, a eu droit, dans des proportions moindres, à un bel hommage, pour sa « der » à 38 ans, après, joli clin d’oeil du destin, une défaite synonyme d’élimination face au numéro 1 mondial, l’Italien Jannik Sinner. On sait le Biterrois peu à son aise – comme Nadal – dans ces circonstances, à l’heure d’exprimer ses émotions, « Richie » s’en est bien tiré, avec ses mots, son débit de paroles ultra-rapide, des remerciements aux uns et aux autres mais gageons qu’il sera plus maître du sujet lorsqu’il s’agira, dans un avenir restant encore à déterminer, auprès des jeunes sur les courts. Dans ce registre, Nicolas Mahut, 43 ans, a été comme un poisson dans l’eau, au moment de faire ses adieux, en tant que joueur (de double) au public. Des mots si justes, une émotion non feinte, des jolies paroles pour ses proches et, cerise sur le gâteau, la présence de son binôme et complice, Pierre-Hugues Herbert avec lequel il a échoué au 1er tour face à la paire italienne Bolelli – Vavassori (têtes de série n. 4)… il n’a rien manqué ce jeudi 29 mai au soir sur un court Simmone-Mathieu aussi ému en fin de compte que le futur retraité… à la fin de l’année 2025.
Un autre hommage était programmé entre les deux demi-finales du simple dames, celui des 25 ans de la victoire de Mary Pierce en ces mêmes lieux ainsi que son entrée à l’« International Tennis Hall of Fame » mais la cérémonie a été reportée à 2026 (?), l’ex. numéro 3 mondiale n’ayant pu être présente pour raisons personnelles.

PALMARÈS
Simple messieurs : Carlos Alcaraz (tête de série n. 2, Esp.) bat Jannik Sinner (tête de série n. 1, Ita) 4-6 6-7 (4-7) 6-4 7-6 (7-3) 7-6 (10-2 au super tie-break).
Simple dames : Coco Gauf (tds n. 2, USA) bat Aryna Sabalenka (n. 1, Bié) 6-7 (5-7) 6-2 6-4.
Double messieurs : Granollers – Zeballos (tds n. 5, Esp) battent Salisbury – N. Skupski (tds n. 8, GB) 6-0 6-7 (5-7) 7-5.
Double dames : Errani – Paolini (tds n. 2, Ita) battent Danilina (Kaz) – Krunic (Ser) 6-4 2-6 6-1.
Double mixte : Errani – Vavassori (tds n. 3, Ita) battent Townsend – (tds n. 4, USA) 6-4 6-2.
Simple juniors garçons : Mc Donald (All) bat Schoenhaus (All) 6-7 (5-7) 6-0 6-3.
Simple juniors filles : Tagger (Aut) bat Klugman (tds n. 8, GB) 6-2 6-0.
Tennis fauteuil simple messieurs : Oda (tds n. 1, Jap) bat Hewett (tds n. 2, GB) 6-4 7-6 (8-6).
Tennis fauteuil simple dames : Kamji (tds n. 1, Jap) bat Van Koot (tds n. 2, PB) 6-2 6-2.
Tennis fauteuil double messieurs : Hewett – Reid (tds n. 1, GB) battent Houdet (Fra) – Oda (Jap) 6-4 1-6 10-7 (super tie-break).
Tennis fauteuil double dames : Kamji (Jap) – Montjane (Afs) battent Li – Wang (Chi) 4-6 7-5 10-7 (super tie-break).
Quad tennis fauteuil simple : Sasson (Isr) bat Vink (tds n. 1, PB) 6-4 7-5.
Quad tennis fauteuil double : Sasson (Isr) – Vink (tds n. 1, PB) battent Kaplan (Tur) – Ramphadi (Afs) 6-3 6-4.









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